On parle de plus en plus des effets bénéfiques que procure la pratique du yoga en entreprise.

Habituellement, ce sont les professeurs qui nous en exposent les bienfaits mais dans cette conversation, Charles nous partage brièvement son expérience comme créateur d’entreprise et pratiquant de Hatha-Raja Yoga dans sa startup à Paris.

Natalia : Bonjour Charles, entrons dans le vif du sujet: Parles-nous un peu de ton parcours, de ce que tu fais

Charles : Bonjour Natalia. Alors, mon parcours : j’ai fait des études longues : d’ingénieur, en mathématique et informatique –quelque chose qui m’a toujours plu– ensuite j’ai fait une thèse en intelligence artificielle, ça aussi c’est quelque chose que j’avais envie de faire depuis l’adolescence. Charles est le créateur d’une entreprise à Paris dans laquelle j’ai donné des cours de yoga pendant presque 3 ans. À la suite de ma thèse, je ne savais pas trop quoi faire, je n’avais pas envie de continuer dans la recherche. Donc je me suis lancé avec des camarades de thèse dans la création d’une boîte, pour essayer d’appliquer des choses que j’avais appris en thèse dans le monde de l’entreprise. J’avais à peine fait un stage en entreprise et je ne connaissais rien à ce monde-là. J’ai créé ma startup qui s’appelle Heuritech en 2013 et j’y suis resté pendant presque 7 ans. C’est passé par plusieurs phases : des phases où justement j’ai appris à connaître ce monde-là et on a vendu des logiciels liés à ce qu’on avait fait en thèse à différentes boîtes. Par la suite, nous nous sommes spécialisés dans la mode, ce qui nous a permis de pérenniser un petit peu l’activité, de lever des fonds, d’obtenir plus de clients et de grandir. À ce moment-là, le choix de la mode ne me plaisait pas spécialement, mais je n’avais pas de meilleures options à proposer, c’est donc un peu par défaut que j’ai dit Ok, et on a continué. Au bout d’un moment j’ai décidé de sortir de ce monde, ça a pris un peu de temps, ça n’a pas été facile de partir de cette entreprise que j’avais créé, mais j’ai décidé de retourner à la recherche, en tout cas pour l’instant, et de trouver aussi de temps pour moi, donc, de m’y mettre à mi-temps. Cela fait à peu près 6 mois que je l’ai quittée et que j’ai changé de dynamique.

N : Quand on s’est rencontrés, tu as voulu introduire un espace de yoga dans ton entreprise. Comment as-tu eu cette idée ?

C : Je pense qu’en premier lieu, mon associé aimait énormément le sport et du coup nous avions eu l’occasion de faire des cours de boxe dans la boîte, ce que j’avais trouvé sympa, et on faisait aussi régulièrement entre nous des petites sessions sportives qui m’avaient bien plu.Car la startup est vraiment un milieu où l’on fonce, où il y a une ambiance dans laquelle on se motive les uns les autres à travailler, à avoir des résultats, à tout donner etc… et donc le yoga est venu un peu contrebalancer cela. Mais j’avais envie d’un autre style : moins volontariste et moins compétitif, et puis il y a eu cette idée de faire du yoga. Un peu par chance et car l’opportunité s’est présentée. J’avais déjà fait un tout petit peu de yoga mais je ne connaissais pas trop, juste assez pour me rendre compte que ça faisait beaucoup de bien et que ça permettait de rétablir un équilibre entre mon associé qui était plus dans la force -et je pourrais même dire dans la virilité et la compétition- et moi. Je me suis dit que ça serait bien d’avoir un autre penchant un peu plus proche d’autres valeurs, plus intérieures, dans la méditation, dans le calme, etc… ça s’est passé comme ça, et il y a eu des gens qui ont tout de suite été curieux et intéressés. Certains ont tout de suite adhéré et avaient envie de découvrir; ils y ont trouvé quelque chose qu’on ne trouve pas facilement dans d’autres pratiques, ni dans un environnement de boîte ou de startup : arriver à se créer un moment où justement on n’est plus du tout en train de foncer. Car la startup est vraiment un milieu où l’on fonce, où il y a une ambiance dans laquelle on se motive les uns les autres à travailler, à avoir des résultats, à tout donner etc… et donc le yoga est venu un peu contrebalancer cela.

Charles Ollion

Charles Ollion créateur d’entreprise.

N : Quels bienfaits as-tu retirés de cette pratique du yoga au niveau individuel ou personnel?

C : Au niveau personnel comme je l’ai dit, j’avais fait un tout petit peu de yoga À chaque fois ça m’a permis d’avoir une grande détente, un grand bien-être et il y a eu au fur et à mesure des séances, la possibilité d’arriver à créer cet espace personnel de façon un peu plus pérenne mais ça m’a fait beaucoup de bien d’en faire de façon plus régulière. Un aspect très positif est d’avoir réussi à réserver des moments où l’on se concentre sur la pratique, on relâche le stress, le mental, et beaucoup d’autres choses. Le fait que ces moments durent suffisamment longtemps, c’était très bien pour que ça ne soit pas juste l’ajout d’un petit peu de yoga à la fin de la journée pour la compléter, mais un espace qui permettait de vraiment se relâcher. À chaque fois ça m’a permis d’avoir une grande détente, un grand bien-être et il y a eu au fur et à mesure des séances, la possibilité d’arriver à créer cet espace personnel de façon un peu plus pérenne et je me rends compte que c’est quelque chose qui me fait du bien au plus long terme dans ma vie et pas seulement ponctuellement comme un moyen de se relaxer ou de se détacher du quotidien.

N : … et au niveau collectif ?

Collectivement, je pense que ça a généré quelque chose d’assez chouette –pas chez tout le monde, mais dans une partie des gens qui ont adhéré– qui était d’avoir un espace –c’est un peu bizarre mais– anti-startup dans la startup (rires) c’est-à-dire : un espace où on n’est pas dans le même état d’esprit du tout, Parfois je me disais presque “mais, mince, est-ce qu’ils vont aimer?”. Je réfléchissais trop, parce que j’avais l’impression que c’était en décalage avec l’esprit de la startup. on sort de la compétition et pourtant on partage ensemble ces moments-là. Parfois je me disais presque “mais, mince, est-ce qu’ils vont aimer?”. Je réfléchissais trop, parce que j’avais l’impression que c’était en décalage avec l’esprit de la startup. Mais en fait, il ne fallait pas réfléchir à ça: ceux/celles qui ont adhéré venaient justement pour ça, et c’était chouette car cela permettait de créer une petite bulle de personnes qui se retrouvent à ce moment-là, et qui réussissent à se détacher de l’autre pôle un petit peu plus agressif. Et je pense que ça a fait du bien à des gens qui ne se reconnaissaient pas du tout dans les cours de boxe et autre; ça leur a donné un espace, mais sans qu’il n’y ait d’antagonisme parce qu’il y avait des gens qui participaient à la boxe et au yoga sans problème. Aussi je trouve que c’est bien de ne pas avoir qu’un modèle trop attendu: startup/boxe/aller boire des verres avec ses collègues…
Il y a eu aussi certaines personnes qui ne s’attendaient pas du tout à trouver ce style de yoga, qui s’attendaient plutôt à un yoga plus en mode boxe, (rires) oui, tout simplement, une activité qu’on fait rapidement entre midi et deux, hyper-physique, où on se dépense, purement orienté sur le physique dans le sens musculaire, souplesse etc.. où il n’y a pas d’intériorité. Et je ne dis pas que c’est négatif, c’est juste très différent. Je pense que ça fait du bien, mais je n’ai pas trop testé cette version-là. Et puis il ne faut pas que ça prenne trop de place, il faut que ça rentre dans les contraintes de la boîte, que ça ne dure pas trop longtemps pour passer rapidement à autre chose.

N : Et as-tu senti que pour les personnes qui ont participé dans les séances il y a eu des changements par rapport à leur quotidien dans la startup ou c’était plutôt : on fait une parenthèse yoga mais en dehors ça continue comme avant…

C : C’est difficile à dire, si je prends par exemple D. qui a énormément participé, c’est quelqu’un que je pense pouvait très bien recommencer à travailler après le yoga, (rires).Avec le Yoga, il y avait une chose, un petit point d’ancrage entre collègues qui participaient à une activité qui les rassemblait vraiment En même temps, le fait d’avoir pu faire une activité régulière comme ça –dans la boîte– ça lui a créé un espace dans lequel il a pu vraiment se reconnaître alors qu’il participait un peu à contrecœur aux autres activités de la boîte. Avec le Yoga, il y avait une chose, un petit point d’ancrage entre collègues qui participaient à une activité qui les rassemblait vraiment et ça je pense que c’était une chose qui était durablement importante pour lui.

N : oui, ça se sentait en lui, c’était sympa ça…

C : et ensuite sur d’autres personnes, je n’ai peut-être pas beaucoup regardé, mais par exemple il y avait C. qui venait de temps en temps, et je pense que ça lui faisait beaucoup de bien parce que même si C. est énormément dans le modèle startup ; elle avait l’ouverture d’esprit et les ressources qui lui permettaient de vraiment participer à fond et de prendre le temps, alors qu’elle bossait énormément. Elle a participé quand même à pas mal de séances!

N : Recommandes-tu l’expérience d’introduire des cours de yoga dans des entreprises ?

C : c’est une excellente question. Alors de façon générale je pense que oui, parce que je suis persuadé que c’est une expérience super bénéfique Proposer des cours de yoga est un signal fort que tu veux faire attention aux gens un peu plus profondément que seulement faire en sorte qu’ils soient les plus performants possible d’avoir la chance de pouvoir faire du yoga et de prendre le temps, et pas juste de faire ça un peu rapidement comme je le disais précédemment. Après il faut savoir que ça n’est pas forcément facile dans un environnement comme une entreprise et encore moins dans une startup je pense; et justement proposer des cours de yoga est un signal fort que tu veux faire attention aux gens un peu plus profondément que seulement faire en sorte qu’ils soient les plus performants possible –par exemple leur faire faire du sport parce que ça va augmenter leur productivité ou parce qu’ils auront plus de chance de rester longtemps dans la boîte etc… pour des raisons disons managériales– mais si il y a cette volonté, c’est génial et il y aura des gens qui vont adhérer et puis ça va marcher. En revanche, si c’est en se disant qu’on rajoute ça pour faire plaisir à des employé·e·s parce que sinon ils s’en vont trop tôt, qu’ils ne participent pas assez à la vie de la boite ou je ne sais pas quoi, ça ne marchera pas. Ce sont quand même deux démarches opposés.

N : Actuellement, continues-tu à faire du yoga ?

C : Pas assez parce que je n’habite pas à Die, (rires) mais quand j’habiterais à Die oui! Mais si, avec mes colocs on fait du yoga, et c’est différent, parce qu’on formalise un peu moins, ce sont des moments plutôt courts où on arrive moins à avoir une approche un peu profonde, à prendre tout le temps qu’il faut pour ne pas rester trop en surface, donc…

N : Mais déjà prendre du temps pour le faire c’est quelque chose d’important, c’est cool!

C : Du coup les fois où j’ai refait du yoga avec mes colocs –et il y a eu pas mal de fois– ce n’était pas de tout pareil, c’était un autre style, c’était presque plus proche du yoga que je décrivais où tu fais 45 minutes entre midi et deux, rapidement parce que tu arrives à trouver un peu de temps et puis après tu passes à une autre chose. Le bienfait que ça procure est plutôt lié aux étirements et au fait de faire attention à ton corps, mais on n’arrivait pas vraiment à aller plus loin.

N : Merci beaucoup Charles pour ta disponibilité et pour avoir partagé ton expérience avec nous.
À très bientôt.